Le banc du village

le pouvoir, c'est de s'asseoir

Critères préalables à une révolution

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Quelques constats actuels sur notre société :

  1. un climat de relative prospérité économique : ce vendredi 4 avril 2014, surfant sur des marchés financiers euphoriques, certains indices boursiers ont atteint de nouveaux records historiques. Aujourd’hui c’est le S&P 500 aux USA (1890.6 points), ainsi qu’un record annuel du CAC 40 en France ; récemment c’était le NFP ; on a prévu celui du DAX, etc. Mais l’économie ce n’est pas que la finance, c’est aussi la production réelle, et de ce côté là les records sont battus aussi : le dernier chiffre officiel de Pôle « emploi » donne 3,34 millions de demandeurs d’emploi sans activités, recensés. On est donc bien dans une prospérité économique parfaitement relative.
  2. des antagonismes forts entre les classes sociales : certes on n’ose plus parler de classes sociales traditionnelles, peut-être à cause de la disparition même de la conscience de classe façon Marx. Cependant (comme l’avait analysé Louis Chauvel en 2001) l’accroissement des inégalités de richesse s’est envolé depuis, et des interrogations sur la « justice sociale » reviennent régulièrement sur le devant de la scène politique, laisser entrevoir un retour de la notion de classe. Si l’on prend la notion de classe sociale au sens plus large, économique de Weber, ou fonctionnel de Schumpeter, on constate là aussi des dissensions croissantes, des jalousies, entre les différentes professions et catégories socioprofessionnelles.
  3. des intellectuels devenus adversaires virulents de l’autorité dirigeante : toujours ce même jour, dans la dernière émission de télé publique où l’on reçoit encore quelques intellectuels (ou  ce qui y ressemble encore le plus), les sept personnes invitées (politologues, sociologue, écrivains) ont passé 1h30 à décrire l’impéritie, la vacuité, voire d’avantage, du personnel politique de quelque bord qu’il soit, et conséquemment la mascarade que représente un système politique électoral où le taux d’abstention bat, là encore, des records. Enfin, il suffit d’aller voir les étalages des nouveautés chez les libraires pour sentir le climat de défiance qui règne entre ceux qui pensent et ceux qui gouvernent.
  4.  des dirigeants ayant perdu confiance en leur autorité et en ses fondements : c’est à notre époque non plus la crise de la monarchie, mais la crise de la « démocratie » quand elle s’enraye. Les bleus et les roses s’alternent mécaniquement au pouvoir. Ils n’ont pas le temps de s’asseoir qu’ils sont déjà sanctionnés par le peu de votants qui a pris la peine de se déplacer. La dictature des sondages leur rend toute réforme infaisable. Et de toute façon les décisions économiques effectives ne sont plus de leur ressort, elle sont passées aux instances européennes.
  5. un gouvernement confronté à des difficultés financières graves : est-ce vraiment la peine d’en rajouter ? 2000 milliards d’euros de dette publique, 94% du PIB. Un doublement en dix ans, soit une croissance de la dette d’environ 7% par an.
  6. une utilisation maladroite de la force devant les premiers mouvements de mécontentement : après quelques mois très chauds sur les pavés (mariage pour tous, jour de colère, etc.) la tension n’est pas retombée. Entre accusations d’agressions gratuites par les forces de l’ordre d’un côtés, ou de laxisme de ces mêmes forces de l’ordre vis-à-vis de certains mouvements violents (antifas, etc.), on ne peut pas dire que le ministre de l’Intérieur possède une grande maîtrise de ses effectifs. Pourtant ce ministre, Mr Manuel Valls, est passé cette semaine premier ministre. Il a annoncé avoir formé « un gouvernement de combat ». Mais je n’ai pas entendu explicitement contre qui allait être mené ce combat.

Ces six points écrits en gras sont six critères énoncés tels quels par le sociologue américain Crane Brinton. Ils constituent, selon son analyse exposée dans l’ouvrage  « The Anatomy of Revolution » (1938), les six critères préalables aux situations révolutionnaires.

Alors cela signifie-t-il que la France va mener encore une fois, même si la dernière commence à dater, une énième révolution, et vérifier ainsi l’adage de Raymond Aron « les Français ne savent pas faire des évolutions, mais des révolutions » ? En tout cas toutes les conditions économico-politiques explosives semblent bien être réunies si l’on en croît Brinton.

Cependant, il ne faut pas omettre que la majorité des révolutions ont été soutenues et menées au moins initialement par la paysannerie, et non par un « prolétariat » fantasmé. Or, comme je l’ai rappelé dans l’article « la France bouleversée », la paysannerie a été décimée depuis l’après-guerre. Il ne reste plus tant de Français en France que de consommateurs. Ils sont tellement soumis à la société pour remplir leurs besoins primaires, tellement dépendants d’autrui pour manger, boire, se loger au chaud, se soigner, qu’il leur est difficile matériellement d’envisager une situation de remise en cause radicale d’un système, même temporaire. Certes il y a encore eu le sursaut de mai 68 porté par le mouvement étudiant et ouvrier. Mais n’oublions pas que là aussi, quelques semaines plus tôt, le 12 mars 1968, avait eu lieu la première manifestation d’agriculteurs européens à Bruxelles. Coïncidence ? Etincelle ? Je n’ai pas les compétences pour le dire. La question est maintenant : que devient une société dont tous les signes montrent que le fonctionnement doit être profondément repensé lorsque les strates sociales qui forçaient auparavant cette refondation le moment venu, par une révolution, n’existent plus ?

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Une réflexion sur “Critères préalables à une révolution

  1. Le système montre une aptitude étonnante à ajouter des étages de complexité et de mensonge pour prolonger son agonie.
    L’immense majorité accepte de jouer le jeu mortifère, incapable du moindre effort.
    Mais les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, il y aura une limite, et la perte de confiance est toujours soudaine et radicale, alors que seul le consensus permet de maintenir le système en équilibre précaire. La confiance, c’est comme la virginité, on l’a encore ou on ne l’a plus.
    Le problème, c’est que nous avons perdu toute faculté de résilience. Les esclaves-Kw s’évaporent en co2 et radiations diverses en nous rendant nous-même esclaves des sources d’énergies. Comme des larves impotentes.
    La complexité du systeme et son extrème interdépendance laissent prévoir un écroulement total et instantané.
    Les pays les moins avancés, les moins dépendants de la technologie pourront survivre quelques jours, mais l’explosion des centaines de centrales nucléaires non maintenues se chargera de finir le travail. Les militaires peuvent aussi aider. Exit homo.
    Vous vous interrogez sur l’avenir de cette société irréformable… cette réponse vous convient-elle ?
    Objectivement, une telle issus a une forte probabilité de réalisation.
    Vous pouvez aussi refuser de voir, comme les autres.

D'accord, pas d'accord ?

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