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La société aztèque comme miroir de notre propre folie

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L’illusion qui domine aujourd’hui, c’est que l’Homme s’est débarrassé des illusions. Il organiserait la société, sa société, sa vie loin de toute volonté, puissance, ou influence extérieure.

Cette volonté extérieure, on pu l’affublé souvent du terme générique de « dieux » chez de nombreuses cultures. Qu’étaient ces dieux ? La reconnaissance nominative d’un concept important pour cette culture : le dieu de la pluie, le dieu des semences, le dieu du ciel, le dieu de la fertilité, le dieu de la guerre, de l’amour, du, feu, de la médecine, des arbres, etc. La liste est interminable.

Parmi les exemples les plus abominables et naïfs de comportements bercés par ces déités, reviennent souvent les aztèques. Images en effet marquantes de sacrifices humains, mêlant ainsi le comique de ces peuples « crédules » dont nous nous rions au paroxysme de l’horreur. Honnêtes gens que nous sommes, nous ne parvenons même pas à comprendre l’état d’esprit dans lequel se trouvait cette culture pour sacrifier des hommes à des concepts.

Si nous faisions une expérience et transportions un moment quelques aztèques de leur temps vers le nôtre, 2014, que verraient-il ? La même chose que nous, nous voyons chez eux : des hommes irraisonnés qui acceptent des sacrifices en toute bonne foi, en complète innocence et entière conviction. Et amusons-nous à imaginer ce qu’ils rapporteraient à leurs contemporains en rentrant chez eux :

« Ces hommes révèrent des dieux aussi nombreux que les nôtres. Mais ils sont différents de Tlacotzontli, Tloxipeuhca, ou Metztli, et de tous nos bienfaiteurs. Ils sont des dieux étranges, et heureusement inconnus de nous autres, hommes sages. 

En voici quelques-uns que nous avons vus.

Ils révèrent  dans de longues  processions incessantes « l’ Automobile ». Pourtant rien que dans le pays France, ce dieu horrible à l’odeur de soufre a exigé de ce peuple plus d’un demi-million de sacrifiés broyés dans du métal depuis qu’il apparut dans les années 1950. Il en demande, dans le monde, entre un et deux millions chaque année. C’est un dieu très proche et très présent dans le quotidien de cette époque. Il est vorace en hommes, et en terres fertiles, mais les gens disent que son appétit de sang devrait se calmer, en tout cas le croient-ils.

« Le Nucléaire » a une faim moins régulière, mais son courroux destructeur explose alors plus violemment et avale des zones entières du monde à tout jamais. Il est très puissant et très craint. Il maintient la cohésion de la matière dit-on. Seuls les grands prêtres ont le droit de l’approcher dans des sanctuaires réservés. Ils leur dressent d’immenses  monuments,car ses bienfaits le sont aussi nous a-t-on assuré.

On nous a aussi beaucoup parlé de « l’Economie », qui est une vieille déité, elle a donc l’autorité sur de nombreuses idoles, comme les deux précédentes, et prend une place très importante dans leur panthéon. Elle est très écoutée car ils lui attribuent une grande sagesse (mais c’est une autre sagesse que la nôtre, très différente). Son mode d’offrande préféré est l’esclavage, dont les formes ne cessent d’évoluer depuis sa création.

Sa fille, « la Croissance », est un monstre insatiable dont le seul objectif est de grandir infiniment. Elle dégage des fumées plus irrespirables que celles de nos volcans, bouleverse l’air du ciel et l’eau de l’océan de manière irréversible. Cinq millions de victimes lui succombent maintenant chaque année, alors que ses exigences implacables ne vont faire que se durcir pour les décennies qui viennent…»

Enfin ils concluraient :

 «Ceux-là, et d’autres dieux inquiétants, composent leur dynastie mythologique dont la religion semble avoir gagné une grande partie du monde. Au sommet de cette hiérarchie trônent deux Dieux primordiaux qu’ils nomment « Progrès » et « Technique ». Touts-puissants, ce seraient eux qui ouvraient et qui fermeraient la marche de l’Homme, que ces idiots placent avant la marche du Temps elle-même. D’ailleurs ceux de cette époque l’implorent continuellement par la formule « on n’arrête pas le Progrès ». Ces idoles futiles, purs produits de leur imagination, prennent la place de l’Univers. Tous les crédules de ce lieu de démence  les prient aveuglément nuit et jour. Que récoltent-ils ? Cancers, pollutions, laideur, guerres, égoïsme, uniformité, ennui, catastrophes, solitude, cupidité, maladies… »

Les aztèques nous prendraient pour des monstres. Ils ne diraient pas que nous n’avons pas de dieux, ils diraient que nous avons de mauvais dieux. Et ils auraient raison au sens où le « dieu » est un produit de l’imaginaire plaqué sur un concept. Leurs dieux demandaient des sacrifices comme les nôtres, mais cela visait le maintien du monde et de l’univers. Ce n’est pas plaisir qu’ils sacrifiaient, c’était parce qu’à leurs yeux ces sacrifices étaient nécessaires dans la balance du Bien et du Mal pour que le Bien l’emporte. Nous l’expliquons la même chose, avec les mots de notre propre imaginaire. Et cela a fonctionné pour eux pendant des siècles et des siècles finalement quoi qu’on en pense, tout comme cela aurait fonctionné pareillement sans ces sacrifices. Leur civilisation s’est perpétuée, et aurait pu se perpétuer longtemps sans la rencontre avec l’homme occidental qui les a annihilé. Alors qu’en un claquement de doigts, à l’échelle du temps, notre folie pour nos dieux d’aujourd’hui a déjà quasiment détruit la terre de nos parents  (qui est surtout celle de nos enfants, chose que la conception linéaire du temps capitaliste, et non cyclique, nous fait oublier).

aztec-life

Oui, ce monde entier vit désormais sous une relation de type religieuse avec le Progrès et la Technique. Ce couple Progrès et La Technique enfante toujours des dieux qui viennent compléter «l’Arbre Technologique» qui ne doit jamais s’arrêter de grandir. La nanotechnologie, les réseaux, les nouvelles énergies, la robotique, l’informatique… Cette mythologie vivante permet aux prêtres modernes de relancer l’intérêt des mécréants lorsque les doutes ou le manque de foi s’installe.

Les aztèques ne nous comprendraient pas. Nous leur répéterions comme on répète aux sceptiques (les hérétiques modernes, qui doivent s’exiler toujours plus loin dans les îlots préservés de la technique  s’ils ne souhaitent pas vénérer ce panthéon) que la Technique et le Progrès demandent certes des sacrifices, humains, animaux, environnementaux, mais pour un avenir meilleur ; promesse d’un paradis à venir si nous leur obéissons totalement. Nos dieux nous transmettent aussi des maladies du corps (et de l’âme rajouteraient-ils) c’est seulement parce que nous les hommes n’avons pas faire bon usage de tous leurs préceptes, ou qu’ils ont besoin d’encore plus de sacrifices pour nous faire parvenir à la perfection. Car nos dieux modernes, eux, sont déjà parfaits par nature.

La barbarie contemporaine (qu’on maquille du vocable « civilisation ») a de moins en moins conscience de sa vénération pour ces idoles puisqu’elle leur est de plus en plus totalement aliénée. Notre société contemporaine est, au même titre que la société aztèque, mais de manière encore plus dramatique, intégralement subjuguée par l’illusion. L’imaginaire de type capitaliste de la technique et du progrès a pris possession d’elle jusqu’à la folie aveugle. La destruction en coupe réglée du monde est ainsi vécue comme un mal nécessaire pour nourrir nos dieux : Progrès, Economie, Technologie, Emploi, Entreprise, et tout le reste de ce bestiaire qu’on entend révérer de façon ininterrompue par chaque individu et chaque institution de cette société du lever du soleil au lever de la lune.

« Exiger que le peuple renonce aux illusions concernant sa propre situation, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions » Hegel (Contribution à la critique de la philosophie du droit)

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Une réflexion sur “La société aztèque comme miroir de notre propre folie

  1. D’accord. Nous sommes dans une société où l’image prime et où l’Humanité se moque bien de savoir si le soleil sera demain si Rentabilité n’est pas là.

D'accord, pas d'accord ?

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