Le banc du village

le pouvoir, c'est de s'asseoir

Qui veut la paix prépare la guerre

1 commentaire

L’expropriation de Philippe Layat de ses terres pour desservir un stade de foot, et le barrage de Sivens sont les 2 dernières affaires à connotation contestataire de l’actualité française, avec 2 actions et 2 résultats bien différents.

D’un côté, un paysan dont la famille vivait directement  depuis 400 ans des terres qu’on lui vole, soutenu par une énorme pétition de 150.000 signatures (6 fois la population totale de la ville où ça se passe).

Résultat : comme si de rien n’était, les pelleteuses et les bétonnières écorchent et emmènent à tout jamais cette couche de terre irremplaçable, sous ses yeux hagards. Mr Aulas affirme tout de même qu’il est « très ému ».

De l’autre, un site naturel, sans portail à forcer, sans pétition fracassante. Juste de quelques dizaines à parfois quelques centaines de personnes présentes sur le terrain, et qui s’opposent avec la force de leur corps.

Au final résultat tout autre : le projet de barrage est repoussé sine die.

Dans le premier cas, ceux qui ont fait la pétition se croient en démocratie. Dans l’autre, une poignée de citoyens a démontré encore une fois que la représentation (en l’occurrence via une pétition), fondement théorique de notre système oligarchique électif, n’existe pas et ne vaut rien. Ils ont agis. Ils étaient là in personam, en chair et en os.

Un cahier avec un million de signatures, une allumette le fera taire. Mille personnes en chair et en os nécessiteront beaucoup plus d’énergie à contrer. Seule une force s’oppose à une force. C’est un principe de la physique. C’est une réalité politique.

La révolte des koulaks, les paysans russes, contre le pouvoir soviétique en 1929, avant leur extermination par le régime communiste.

On se rappelle alors Pascal : « Il est juste que ce qui est juste soit suivi ; il est nécessaire que ce qui est le plus fort soit suivi. La justice sans la force est impuissante ; la force sans la justice est tyrannique. La justice sans force est contredite, parce qu’il y a toujours des méchants. La force sans la justice est accusée. Il faut donc mettre ensemble la justice et la force, et pour cela faire que ce qui est juste soit fort ou que ce qui est fort soit juste. ». Mais quel est celui qui pense encore que l’Etat actuel possède cette justice. En revanche il possède encore la force, que la technique, qui n’est rien d’autre que de la puissance sans travail, ne cesse d’augmenter.

La démocratie qui a failli se mettre en place à la révolution française, celle pour qui « l’insurrection est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs », avant de rapidement finir comme on sait, en oligarchie élective, cette démocratie est elle-même née d’une insurrection, donc d’un acte anti-démocratique, en tout cas selon les critères de la démocratie d’aujourd’hui, celle qui n’a guère plus de démocratique que le nom : la « représentative ». 

Les lois sont avant tout là pour que perdurent l’ordre établi, ce qu’on dénomme dans l’espace public « la paix sociale ». Les pétitions sont les bienvenues, chaudement recommandées, allez-y, pétitionnez braves gens ! En revanche attention de ne jamais manifester en dehors des rues et des heures permises, car là vous commenceriez à être une menace, à empêcher concrètement la volonté soi-disant populaire de continuer à s’accomplir. Alors interviendront leurs « gardiens de la paix ».

Si après la seconde guerre, De Gaulles a troqué la remise des armes des résistants contre la sécurité sociale et d’autres garanties, c’est aussi pour être sûr qu’il n’aurait pas de mouvement de contestation ultérieur dont la force physique, décuplée par les armes, ne soit contrôlable par l’Etat. Aujourd’hui, la force qui reste au nombre, sans terre, sans argent, sans armes, c’est le nombre lui-même. Mais dans cette société malicieusement atomisée d’individus, parvenir à le rassembler est un exploit. Aujourd’hui l’Etat loue le pacifisme. Evidemment puisqu’il a la force. Il sait donc, consciemment ou pas, que le pacifisme, c’est le passivisme.

La « Journée des Tuiles » à Grenoble, jour de résistance qui a initié le mouvement de la révolution française.

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Une réflexion sur “Qui veut la paix prépare la guerre

  1. Cela me fait penser aux manifs des lycéens dans lesquelles mes enfants se révoltaient (croyaient-ils …)
    et je leur demandais benoitement si ils étaient armés? Car en face les robocops le sont eux. Ils m’ont
    regardé comme un hurluberlu …. jusqu’à ce que je les récupère amochés à l’hopital ….
    Fini les manifs, mais qu’il est dur de voir que ces leçons ne peuvent être apprises qu’en versant
    (un peu) son sang.

D'accord, pas d'accord ?

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