Le banc du village

le pouvoir, c'est de s'asseoir


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« La question des immigrés » : quand Guy Debord faisait du Zemmour avec 30 ans d’avance.

J’ai trouvé intéressant de ressortir ce texte de Guy Debord, pour prendre conscience du gouffre qui s’étend entre aujourd’hui et il y a trente ans dans la tolérance de la parole. Je n’ai pas lu Zemmour, et je ne le lirai pas à priori, le côté « best-seller » ayant tendance à me repousser. Mais rien que la phrase qui est soulignée par moi ci-dessous, si elle avait été été prononcée ou écrite aujourd’hui, aurait valut à Debord un procès avec pour le coup les ligues musulmanes, juives, et antiracistes-droit-de-l’hommistes sur le dos, unies dans une belle fraternité juridique.

Je crois que Zemmour traite dans son livre du Méfait capitaliste (il est bien obligé, même Attali l’admet maintenant…), mais je ne pense pas qu’il aille aussi profondément et radicalement que Debord dans la critique, en réaffirmant bien la chronologie des choses (le capitalisme génère l’immigration) . Actuellement, les arrivistes font croire que le capitalisme est mal utilisé (comme la technique), et qu’ils trouverons les solutions pour pratiquer un capitalisme éthique, écologique, respectueux, humain (cela passant étrangement du nationalisme protectionnisme pour les uns à un gouvernement mondial pour les autres, le tout étant de préserver le capital à quelque échelle). N’expliquant pas pourquoi le capitalisme engendre les mêmes résultats désespérants quels que soient le pays, le lieu, et la culture sur lesquels il passe… Un capitalisme où l’argent n’est pas la seule valeur reine n’est pas le capitalisme, c’est presque aussi simple que ça (mesurez bien la portée du mot seule). Rien d’inédit, ces gens-là font du marxisme, avec 150 ans de retard : un jour le mauvais capitalisme se transformera en nous laissant la technique qu’il a engendré et engendrera le bien. La dévastation historique du monde commence évidemment à semer le doute et l’impatience sur ce fabuleux avènement.

Il est vrai que Debord, lui, goûtait peu les médias, le mot est faible (« Je méprise la presse, j’ai raison ; et voilà pourquoi je refuse depuis toujours toute interview. Je la méprise pour ce qu’elle dit, et pour ce qu’elle est. », ou « L’imprécision du langage est désormais utile aux journalistes, et cela tombe bien, puisqu’ils seraient presque tous incapables d’écrire mieux« .). Zemmour lui est un bon client. Et heureusement d’un côté puisque c’est la seule voix dissonante régulière dans la matrice médiatique. Finalement Zemmour a donc certainement des leçons à tirer de Debord (que sa condamnation du capitalisme excluait déjà de facto de la droite politique) et trouvera cette phrase de lui soulageante dans sa tourmente actuelle : « Je ne suis pas un journaliste de gauche : je ne dénonce jamais personne. »


La questions des immigrés (Guy Debord)

Tout est faux dans la « question des immigrés », exactement comme dans toute question ouvertement posée dans la société actuelle ; et pour les mêmes motifs : l’économie — c’est-à-dire l’illusion pseudo-économique — l’a apportée, et le spectacle l’a traitée.

On ne discute que de sottises. Faut-il garder ou éliminer les immigrés ? (Naturellement, le véritable immigré n’est pas l’habitant permanent d’origine étrangère, mais celui qui est perçu et se perçoit comme différent et destiné à le rester. Beaucoup d’immigrés ou leurs enfants ont la nationalité française ; beaucoup de Polonais ou d’Espagnols se sont finalement perdus dans la masse d’une population française qui était autre. Comme les déchets de l’industrie atomique ou le pétrole dans l’Océan — et là on définit moins vite et moins « scientifiquement » les seuils d’intolérance — les immigrés, produits de la même gestion du capitalisme moderne, resteront pour des siècles, des millénaires, toujours. Ils resteront parce qu’il était beaucoup plus facile d’éliminer les Juifs d’Allemagne au temps d’Hitler que les maghrébins, et autres, d’ici à présent : car il n’existe en France ni un parti nazi ni le mythe d’une race autochtone !

Faut-il donc les assimiler ou « respecter les diversités culturelles » ? Inepte faux choix. Nous ne pouvons plus assimiler personne : ni la jeunesse, ni les travailleurs français, ni même les provinciaux ou vieilles minorités ethniques (Corses, Bretons, etc.) car Paris, ville détruite, a perdu son rôle historique qui était de faire des Français. Qu’est-ce qu’un centralisme sans capitale ? Le camp de concentration n’a créé aucun Allemand parmi les Européens déportés. La diffusion du spectacle concentré ne peut uniformiser que des spectateurs. On se gargarise, en langage simplement publicitaire, de la riche expression de « diversités culturelles ». Quelles cultures ? Il n’y en a plus. Ni chrétienne ni musulmane ; ni socialiste ni scientiste. Ne parlez pas des absents. Il n’y a plus, à regarder un seul instant la vérité et l’évidence, que la dégradation spectaculaire-mondiale (américaine) de toute culture.

Ce n’est surtout pas en votant que l’on s’assimile. Démonstration historique que le vote n’est rien, même pour les Français, qui sont électeurs et ne sont plus rien (1 parti = 1 autre parti ; un engagement électoral = son contraire ; et plus récemment un programme — dont tous savent bien qu’il ne sera pas tenu — a d’ailleurs enfin cessé d’être décevant, depuis qu’il n’envisage jamais plus aucun problème important. Qui a voté sur la disparition du pain ?). On avouait récemment ce chiffre révélateur (et sans doute manipulé en baisse) : 25 % des « citoyens » de la tranche d’âge 18-25 ans ne sont pas inscrits sur les listes électorales, par simple dégoût. Les abstentionnistes sont d’autres, qui s’y ajoutent.

Certains mettent en avant le critère de « parler français ». Risible. Les Français actuels le parlent-ils ? Est-ce du français que parlent les analphabètes d’aujourd’hui, ou Fabius (« Bonjour les dégâts ! ») ou Françoise Castro (« Ça t’habite ou ça t’effleure ? »), ou B.-H. Lévy ? Ne va-t-on pas clairement, même s’il n’y avait aucun immigré, vers la perte de tout langage articulé et de tout raisonnement ? Quelles chansons écoute la jeunesse présente ? Quelles sectes infiniment plus ridicules que l’islam ou le catholicisme ont conquis facilement une emprise sur une certaine fraction des idiots instruits contemporains (Moon, etc.) ? Sans faire mention des autistes ou débiles profonds que de telles sectes ne recrutent pas parce qu’il n’y a pas d’intérêt économique dans l’exploitation de ce bétail : on le laisse donc en charge aux pouvoirs publics.

Nous nous sommes faits américains. Il est normal que nous trouvions ici tous les misérables problèmes des USA, de la drogue à la Mafia, du fast-food à la prolifération des ethnies. Par exemple, l’Italie et l’Espagne, américanisées en surface et même à une assez grande profondeur, ne sont pas mélangées ethniquement. En ce sens, elles restent plus largement européennes (comme l’AIgérie est nord-africaine). Nous avons ici les ennuis de l’Amérique sans en avoir la force. Il n’est pas sûr que le melting-pot américain fonctionne encore longtemps (par exemple avec les Chicanos qui ont une autre langue). Mais il est tout à fait sûr qu’il ne peut pas un moment fonctionner ici. Parce que c’est aux USA qu’est le centre de la fabrication du mode de vie actuel, le cœur du spectacle qui étend ses pulsations jusqu’à Moscou ou à Pékin ; et qui en tout cas ne peut laisser aucune indépendance à ses sous-traitants locaux (la compréhension de ceci montre malheureusement un assujettissement beaucoup moins superficiel que celui que voudraient détruire ou modérer les critiques habituels de « l’impérialisme »). Ici, nous ne sommes plus rien : des colonisés qui n’ont pas su se révolter, les béni-oui-oui de l’aliénation spectaculaire. Quelle prétention, envisageant la proliférante présence des immigrés de toutes couleurs, retrouvons-nous tout à coup en France, comme si l’on nous volait quelque chose qui serait encore à nous ? Et quoi donc ? Que croyons-nous, ou plutôt que faisons-nous encore semblant de croire ? C’est une fierté pour leurs rares jours de fête, quand les purs esclaves s’indignent que des métèques menacent leur indépendance !

Le risque d’apartheid ? Il est bien réel. II est plus qu’un risque, il est une fatalité déjà là (avec sa logique des ghettos, des affrontements raciaux, et un jour des bains de sang). Une société qui se décompose entièrement est évidemment moins apte à accueillir sans trop de heurts une grande quantité d’immigrés que pouvait l’être une société cohérente et relativement heureuse. On a déjà fait observer en 1973 cette frappante adéquation entre l’évolution de la technique et l’évolution des mentalités : « L’environnement, qui est reconstruit toujours plus hâtivement pour le contrôle répressif et le profit, en même temps devient plus fragile et incite davantage au vandalisme. Le capitalisme à son stade spectaculaire rebâtit tout en toc et produit des incendiaires. Ainsi son décor devient partout inflammable comme un collège de France. » Avec la présence des immigrés (qui a déjà servi à certains syndicalistes susceptibles de dénoncer comme « guerres de religions » certaines grèves ouvrières qu’ils n’avaient pu contrôler), on peut être assurés que les pouvoirs existants vont favoriser le développement en grandeur réelle des petites expériences d’affrontements que nous avons vu mises en scène à travers des « terroristes » réels ou faux, ou des supporters d’équipes de football rivales (pas seulement des supporters anglais).

Mais on comprend bien pourquoi tous les responsables politiques (y compris les leaders du Front national) s’emploient à minimiser la gravité du « problème immigré ». Tout ce qu’ils veulent tous conserver leur interdit de regarder un seul problème en face, et dans son véritable contexte. Les uns feignent de croire que ce n’est qu’une affaire de « bonne volonté anti-raciste » à imposer, et les autres qu’il s’agit de faire reconnaître les droits modérés d’une « juste xénophobie ». Et tous collaborent pour considérer cette question comme si elle était la plus brûlante, presque la seule, parmi tous les effrayants problèmes qu’une société ne surmontera pas. Le ghetto du nouvel apartheid spectaculaire (pas la version locale, folklorique, d’Afrique du Sud), il est déjà là, dans la France actuelle : l’immense majorité de la population y est enfermée et abrutie ; et tout se serait passé de même s’il n’y avait pas eu un seul immigré. Qui a décidé de construire Sarcelles et les Minguettes, de détruire Paris ou Lyon ? On ne peut certes pas dire qu’aucun immigré n’a participé à cet infâme travail. Mais ils n’ont fait qu’exécuter strictement les ordres qu’on leur donnait : c’est le malheur habituel du salariat.

Combien y a-t-il d’étrangers de fait en France ? (Et pas seulement par le statut juridique, la couleur, le faciès.) Il est évident qu’il y en a tellement qu’il faudrait plutôt se demander : combien reste-t-il de Français et où sont-ils ? (Et qu’est-ce qui caractérise maintenant un Français ?) Comment resterait-il, bientôt, de Français ? On sait que la natalité baisse. N’est-ce pas normal ? Les Français ne peuvent plus supporter leurs enfants. Ils les envoient à l’école dès trois ans, et au moins jusqu’à seize, pour apprendre l’analphabétisme. Et avant qu’ils aient trois ans, de plus en plus nombreux sont ceux qui les trouvent « insupportables » et les frappent plus ou moins violemment. Les enfants sont encore aimés en Espagne, en Italie, en Algérie, chez les Gitans. Pas souvent en France à présent. Ni le logement ni la ville ne sont plus faits pour les enfants (d’où la cynique publicité des urbanistes gouvernementaux sur le thème « ouvrir la ville aux enfants »). D’autre part, la contraception est répandue, l’avortement est libre. Presque tous les enfants, aujourd’hui, en France, ont été voulus. Mais non librement ! L’électeur-consommateur ne sait pas ce qu’il veut. Il « choisit » quelque chose qu’il n’aime pas. Sa structure mentale n’a plus cette cohérence de se souvenir qu’il a voulu quelque chose, quand il se retrouve déçu par l’expérience de cette chose même.

Dans le spectacle, une société de classes a voulu, très systématiquement, éliminer l’histoire. Et maintenant on prétend regretter ce seul résultat particulier de la présence de tant d’immigrés, parce que la France « disparaît » ainsi ? Comique. Elle disparaît pour bien d’autres causes et, plus ou moins rapidement, sur presque tous les terrains.

Les immigrés ont le plus beau droit pour vivre en France. Ils sont les représentants de la dépossession ; et la dépossession est chez elle en France, tant elle y est majoritaire. et presque universelle. Les immigrés ont perdu leur culture et leurs pays, très notoirement, sans pouvoir en trouver d’autres. Et les Français sont dans le même cas, et à peine plus secrètement.

Avec l’égalisation de toute la planète dans la misère d’un environnement nouveau et d’une intelligence purement mensongère de tout, les Français. qui ont accepté cela sans beaucoup de révolte (sauf en 1968) sont malvenus à dire qu’ils ne se sentent plus chez eux à cause des immigrés ! Ils ont tout lieu de ne plus se sentir chez eux, c’est très vrai. C’est parce qu’il n’y a plus personne d’autre, dans cet horrible nouveau monde de l’aliénation, que des immigrés.

Il vivra des gens sur la surface de la terre, et ici même, quand la France aura disparu. Le mélange ethnique qui dominera est imprévisible, comme leurs cultures, leurs langues mêmes. On peut affirmer que la question centrale, profondément qualitative, sera celle-ci : ces peuples futurs auront-ils dominé, par une pratique émancipée, la technique présente, qui est globalement celle du simulacre et de la dépossession ? Ou, au contraire, seront-ils dominés par elle d’une manière encore plus hiérarchique et esclavagiste qu’aujourd’hui ? Il faut envisager le pire, et combattre pour le meilleur. La France est assurément regrettable. Mais les regrets sont vains.

Guy Debord, 1985

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La fleur du mal

L’actuelle Ministre de la Culture acculée à passer à l’aveu : elle n’a rien lu depuis 2 ans.  Par manque de temps, s’excuse-t-elle. Pourtant ce temps qui lui manque à ce point elle en trouve assez pour aller parader 2 heures sur un plateau de Canal +, se pavaner face caméra.

Qu’elle ne puisse citer aucune œuvre du nouveau prix Nobel de littérature français, pourquoi pas, on ne peut tout lire et tout aimer. N’avoir simplement nourri sa réflexion d’aucun livre depuis 2 ans (ou plus ?), là ce n’est plus seulement le dédain de notre pays et de notre culture qui transparaît, c’est le règne de l’Ignorance. Littéralement. Certes, elle est loin l’époque où le Ministre se nommait Chateaubriand, où l’on pouvait entendre au pouvoir des hommes qui par leurs œuvres de génie illumineraient la pensée française, et donc la France, qui sont la même chose, pendant des siècles. Tant pis pour la République, Chateaubriand n’était même pas un de ses ministres, mais le ministre d’une monarchie (pour laquelle je n’aurai guère plus de sympathie). Désormais il suffit de briller sous un réflecteur le temps d’une émission du petit écran. Malheureusement pour elle, dans l’éclairage de sa fonction, Mme. Pellerin a douloureusement étrillé ce dicton qui dit que c’est parce que la vitesse de la lumière est supérieure à celle du son que certains ont l’air brillant avant d’avoir l’air con.

Mais plus sérieusement, ce qui autorise, excuse, cimente le refus de démocratie de notre système au profit de l’oligarchie, c’est soi-disant la compétence. Le peuple n’écrit pas les lois, le peuple ne vote pas les lois, le peuple n’accède pas au monde politique par tirage au sort. Bref le peuple ne gouverne pas. Pourquoi ? Car il est incompétent.  De là l’existence de cette classe dirigeante du système République : la classe politique. Pure création, à peine déguisée il est vrai, de la classe bourgeoise pour glaner le pouvoir aux nobles sans le laisser au grand nombre du « Quart-Etat ». Cet argument de compétence (qui de toute façon n’a rien à faire dans la décision politique qui est d’abord doxa, opinion, mais devrait intervenir uniquement lors de l’application de la décision) vient, mais qui en doutait, de voler une énième fois en éclat. Quand un névrosé répète pour la 25ème fois une conduite d’échec la famille devrait penser à changer de docteur. Ne parlons même pas de l’argument de vertu et d’exemplarité qui a lui-même explosé depuis des lustres, dépassant le stade de l’éclat pour rejoindre celui de poussière.

Le poste de Ministre de la Culture est devenu celui de Ministre de la Technoculture. Les gouvernements ne sont quasiment occupés à chaque poste que de Ministres de la Technique. C’est par elle qu’ils définissent la société, son avancée, qu’ils mènent sa politique qui doit la faire croître sans temps morts. Or la Culture (le Subjectif, produit de l’Humain), est l’opposée de la Technique ( l’Objectif, produit de la Science). Les cultures, qui sont le local, le subjectif, le durable, sont incompatibles avec la Technique qui est l’universel, l’objectif, l’éphémère. Mais les technocrates constituent l’entière classe politique, d’où la disparition de l’une sous l’étouffement de l’autre, tellement plus rentable. Mme Pellerin représente la fleur de la Technique, la Fleur du mal dirions-nous si nous étions d’humeur poétique.

Pour se rattraper, Mme Pellerin s’enfonce, et dit « je lis beaucoup : des notes, des rapports… ». Elle aurait pu également rajouter : des notices d’appareils électroniques, des panneaux d’affichage des aéroports, des prospectus publicitaires… et tant d’autres supports de la grande littérature dont peut s’enorgueillir notre glorieux et spirituel pays. Moi qui par un reliquat de la culture millénaire de ce pays, Mme. Pellerin, suis une sorte de chrétien non-pratiquant, je devrais prêcher le pardon pour votre classe. Hélas je ne tombe pas en accord avec moi-même. Et voyez-vous, puisque que vous ne lisez que les notes, alors je vais vous en reproduire une que j’ai trouvé en bas de page de cette chose, un livre, et qui vient d’un autre vrai chrétien, Jacques Ellul, écrite en petit, et qui m’a surprise par  une crudité à laquelle on n’est pas accoutumé de sa part. « Le bluff technologique », p.725, note 1 :

« Lorsque des sanctions sont prises contre un groupe politique pour des décisions politiques, c’est toujours au cours de « Révolution ».  En 1917 ou 1933 les hommes politiques ont été condamnés en bloc par les gagnants. Mais il faut les tuer. Car en 1940, on en a condamné, ce qui ne les a pas empêché de reparaître avec gloire quelques années plus tard ! »

Amen !


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Les sans-dents et les sans-coeurs

Autour de nos salles réservées venaient trotter les vieillards de l’asile d’à côté en bonds inutiles et disjoints. Ils s’en allaient crachoter leurs cancans avec leurs caries d’une salle à l’autre, porteurs de petits bouts de ragots et de médisances éculées. Ici cloîtrés dans leur misère officielle comme au fond d’un enclos baveux, les vieux travailleurs broutaient toute la fiente qui dépose autour des âmes à l’issue des longues années de servitude. Haines impuissantes, rancies dans l’oisiveté pisseuse des salles communes. Ils ne se servaient de leurs ultimes et chevrotantes énergies que pour se nuire encore un petit peu et se détruire dans ce qui leur restait de plaisir et de souffle.

Vous aussi, comme Céline le fait ici un million de fois mieux que votre petit esprit, vous nous entraînez dans un voyage au bout de la nuit monsieur le Président. Vous n’êtes pas vieux, mais vous êtes déjà très courbé pourtant vous aussi. Oh mais non, pas sous le poids des ans, mais sous le poids des 87% qui accablent votre responsabilité.

Etre à 13%, c’est être très bas, c’est être dans la fange.Mais ne vous inquiétez pas, je l’aime moi la fange. La fange, c’est de la terre, c’est ce qu’il y a de plus beau. Et nos problèmes viennent de ce qu’on la respecte plus la fange. On fait les pédants. On croit pouvoir se passer d’elle. On n’aime plus se salir les paluches, un costard c’est pas fait pour s’essuyer dessus pas vrai ? Et il faut bien les porter ces costards bien taillés qui coûtent la peau des fesses. C’est pas moderne la fange. C’est la vieille France. Alors la fange hop, goudronnée! Comme ça ça roule mieux les voitures dessus. Celles des riches comme celles des pauvres. La preuve que vous voulez le bien général. Tout le monde devrait être content.

Bah c’est pas votre faute m’sieur Hollande. Entre vos électeurs effarouchés qui vous conspuent et les électeurs des autres camps qui se rengorgent copieusement dans leur irresponsabilité quinquennale, vous êtes pas plus con ni mauvais qu’un autre hein. Ces sans-dents qui mangent la terre pourrie ils n’y comprennent rien à ces sans-coeurs aux dents longues qui les toisent de chaque élection avec leurs sourires immuables. Et puis comme l’a dit Céline, qui n’est pas le dernier vainqueur d’une Star Academy, ces sans-dents eux aussi ils sont pleins de haine. Cette haine qui s’est déposée sur leur coeur à l’issue des longues années de servitude. Finalement, c’est la preuve que ce sont des perdants cette lenteur qu’ils ont mis à acquérir cette haine. Vous le cynisme vous l’avez appris sur les bancs de l’école, vous étiez brillant., dans cette belle école de la République où l’on n’enseigne plus qui est Céline et qui est la France et qui est la fange.

Soyez prudent monsieur le président, avoir les dents longues ça n’empêche pas de se faire mordre. Elles sont déjà là, dans le même enclos que vous, les prochaines hyènes que les sans-dents auront cérémonieusement élues pour dévorer votre carcasse.

Rappelez-vous une dernière fois Céline : c‘est des hommes et d’eux seulement qu’il faut avoir peur, toujours.   

Pas de la fange.