Le banc du village

le pouvoir, c'est de s'asseoir


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« Une économie de marché sans capitalisme » selon Silvio Gesell

« Je pense que le futur apprendra plus de l’esprit de Gesell que de celui de Marx »  J.M. Keynes

DAVE WHITLAM « Tomorrow’s landfill » 2012

En 1891, le marchand germano-argentin Silvio Gesell (1862, St. Vith, 1930, Eden-Oranienburg) publia sa première brochure à Buenos Aires, « Die Reformation im Münzwesen als Brücke zum sozialen Staat » (« La réforme monétaire comme voie vers un état social »). Cette brochure fut la première pierre d’une œuvre volumineuse sur les origines de la question sociale et les voies qui pourraient mener vers une solution. Ses expériences pratiques accumulées pendant une crise économique en Argentine menèrent Gesell à un point de vue opposé au marxisme : l’exploitation du travail humain n’a pas ses racines dans la propriété privée des moyens de production, mais plutôt dans les erreurs structurelles du système monétaire.  Tout comme le philosophe antique Aristoteles, il reconnaissait les deux rôles contradictoires de l’argent : tout d’abord, un moyen d’échange permettant le marché, et en même temps, un moyen de dominer le marché.

La question de départ de Gesell était la suivante : comment peut-on atténuer ce pouvoir dominant de l’argent sur le marché tout en le conservant comme moyen d’échange neutre ? Il donnait deux raisons au pouvoir de l’argent sur le marché : premièrement, l’argent utilisé habituellement comme moyen de demande est cumulable, contrairement au travail humain ou aux biens et services du côté de l’offre de l’économie ; sans graves conséquences pour son possesseur, l’argent peut être retiré temporairement du marché pour des raisons spéculatives. Deuxièmement, l’argent a l’avantage d’être beaucoup plus flexible que les marchandises ou prestations de services ; il est utilisable à tout moment et partout, comme un joker dans un jeu de cartes. Ces deux caractéristiques donnent à l’argent – ou plutôt aux personnes à la tête de grosses fortunes – un privilège spécial : ils peuvent interrompre les circuits d’achats et de ventes, d’épargne et d’investissement, ou bien demander des intérêts aux producteurs ou consommateurs comme prime spéciale car ils renoncent à la thésaurisation, c’est-à-dire à la détention non productive d’argent dans une caisse ou par placement à court-terme, et remettent l’argent dans le circuit économique.

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Critères préalables à une révolution

Quelques constats actuels sur notre société :

  1. un climat de relative prospérité économique : ce vendredi 4 avril 2014, surfant sur des marchés financiers euphoriques, certains indices boursiers ont atteint de nouveaux records historiques. Aujourd’hui c’est le S&P 500 aux USA (1890.6 points), ainsi qu’un record annuel du CAC 40 en France ; récemment c’était le NFP ; on a prévu celui du DAX, etc. Mais l’économie ce n’est pas que la finance, c’est aussi la production réelle, et de ce côté là les records sont battus aussi : le dernier chiffre officiel de Pôle « emploi » donne 3,34 millions de demandeurs d’emploi sans activités, recensés. On est donc bien dans une prospérité économique parfaitement relative.
  2. des antagonismes forts entre les classes sociales : certes on n’ose plus parler de classes sociales traditionnelles, peut-être à cause de la disparition même de la conscience de classe façon Marx. Cependant (comme l’avait analysé Louis Chauvel en 2001) l’accroissement des inégalités de richesse s’est envolé depuis, et des interrogations sur la « justice sociale » reviennent régulièrement sur le devant de la scène politique, laisser entrevoir un retour de la notion de classe. Si l’on prend la notion de classe sociale au sens plus large, économique de Weber, ou fonctionnel de Schumpeter, on constate là aussi des dissensions croissantes, des jalousies, entre les différentes professions et catégories socioprofessionnelles.
  3. des intellectuels devenus adversaires virulents de l’autorité dirigeante : toujours ce même jour, dans la dernière émission de télé publique où l’on reçoit encore quelques intellectuels (ou  ce qui y ressemble encore le plus), les sept personnes invitées (politologues, sociologue, écrivains) ont passé 1h30 à décrire l’impéritie, la vacuité, voire d’avantage, du personnel politique de quelque bord qu’il soit, et conséquemment la mascarade que représente un système politique électoral où le taux d’abstention bat, là encore, des records. Enfin, il suffit d’aller voir les étalages des nouveautés chez les libraires pour sentir le climat de défiance qui règne entre ceux qui pensent et ceux qui gouvernent.
  4.  des dirigeants ayant perdu confiance en leur autorité et en ses fondements : c’est à notre époque non plus la crise de la monarchie, mais la crise de la « démocratie » quand elle s’enraye. Les bleus et les roses s’alternent mécaniquement au pouvoir. Ils n’ont pas le temps de s’asseoir qu’ils sont déjà sanctionnés par le peu de votants qui a pris la peine de se déplacer. La dictature des sondages leur rend toute réforme infaisable. Et de toute façon les décisions économiques effectives ne sont plus de leur ressort, elle sont passées aux instances européennes.
  5. un gouvernement confronté à des difficultés financières graves : est-ce vraiment la peine d’en rajouter ? 2000 milliards d’euros de dette publique, 94% du PIB. Un doublement en dix ans, soit une croissance de la dette d’environ 7% par an.
  6. une utilisation maladroite de la force devant les premiers mouvements de mécontentement : après quelques mois très chauds sur les pavés (mariage pour tous, jour de colère, etc.) la tension n’est pas retombée. Entre accusations d’agressions gratuites par les forces de l’ordre d’un côtés, ou de laxisme de ces mêmes forces de l’ordre vis-à-vis de certains mouvements violents (antifas, etc.), on ne peut pas dire que le ministre de l’Intérieur possède une grande maîtrise de ses effectifs. Pourtant ce ministre, Mr Manuel Valls, est passé cette semaine premier ministre. Il a annoncé avoir formé « un gouvernement de combat ». Mais je n’ai pas entendu explicitement contre qui allait être mené ce combat.

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Que cache la monnaie du capitalisme ?

Une chose qui semblerait si logique, allant de soi , naturelle, n’existe étrangement pas en économie : une théorie monétaire des prix. Dans le système capitaliste, l’argent et les prix n’auraient donc aucun autre rapport entre eux qu’un rapport psychologique, inconscient et inaccessible. Alors que l’économie orthodoxe s’ingénie à empiler des équations surréalistes pour ne pas voir ce qui n’est pas censé exister, intéressons-nous pour notre part à ce qu’est vraiment l’argent.
 « L’homme est un animal qui échange » Adam Smith

La monnaie

La monnaie est une représentation de l’équivalent valeur des produits échangés.  C’est un instrument qui n’a pas vocation à conserver une richesse de manière concrète et tangible. La monnaie non capitaliste est donc uniquement un instrument d’échange sans valeur intrinsèque.

Monnaie-métal (ou monnaie-marchandise)

Chemin faisant, les métaux se sont révélés être les supports les plus utilisés pour tenir lieu de monnaie-marchandise. Leur usage monétaire s’est particulièrement développé dans le bassin méditerranéen à partir du Bas Moyen-Age. Ce sont les marchands eux-mêmes qui firent principalement frapper monnaie car les métaux avaient une valeur élevée, étaient malléables, et se prêtaient donc bien à conserver cette valeur dans les formes les plus compactes et les plus durables possible. La valeur était donc capitalisée. Lire la suite